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Bipolaire : mon témoignage et les vôtres
jeudi 31 décembre 2009, a 14:45
Groupe facebook et bonne année 2010
 

Ca y est le groupe facebook privé "bipolaire expérience" est créé depuis le 29/12. Venez m'y rejoindre, nous ne sommes une vingtaine de membres pour l'instant. Il y a un forum de discussion. Au niveau confidentialité, il n'y a pas de danger de s'inscrire à ce groupe qui est fermé.

Bonne et heureuse année 2010  et surtout bonne santé,

Bises à tous,

Isabelle

lundi 28 décembre 2009, a 17:07
Groupe facebook privé
 

Je vais donc travailler cette semaine à créer ce groupe, qui va s'appeler "Bipolaire expérience". J'espère que vous serez quelques-uns à le rejoindre. Pour ceux qui ne sont pas inscrits sur facebook, il faudra le faire. Ensuite vous taperez dans la recherche "bipolaire expérience" et vous pourrez rejoindre ce groupe privé qui accueillera autant les bipolaires que leur famille et amis. A bientôt pour de bonnes discussions.

lundi 21 décembre 2009, a 16:14
Joyeuses fêtes
 

Je profite de cet article pour vous souhaiter de joyeuses fêtes de fin d'année.

Merci à tous ceux qui viennent encore visiter mon blog, malgré le fait que je ne publie pas beaucoup ces derniers temps.

J'ai dans l'idée de créer un groupe facebook privé autour de la bipolarité (pour bipolaires et leurs proches/famille). Pour l'instant, il existe des groupes publics sur le sujet, mais il n'y a pas de garantie de confidentialité. Cela permettrait de mettre en place un forum de discussion, entre autres choses. Mais cela nécessiterait d'être déjà inscrit sur facebook ou de s'inscrire. Dites-moi ce que vous en pensez par commentaire ou par mail.

Bisous à tous,

IK

mercredi 09 décembre 2009, a 17:32
Du lithium
 

Au niveau des médicaments, tout le monde ne réagit pas pareil, c'est normal.

Pour ma part, le lithium a été très efficace : depuis que je le prend je n'ai jamais eu de rechute. Par contre, je suis assez sensible aux effets des médocs en général et même si je suis habituée maintenant au Téralithe, je trouve que la sensation de soif constante est le pire de ses effet secondaire. Je ne sais pas combien je bois de litres d'eau dans la journée, mais parfois c'est pas pratique au travail. Ca m'a bien pris la tête par exemple quand je faisais de la peinture, sur des chantiers du bâtiment où il n'y avait pas de WC !

Sinon, au début le lithium m'a bien fait grossir, mais bon j'ai fait de la gym. J'ai eu l'impression aussi que cela freinait mes idées (enfin, par comparaison avec un rythme éfreiné des pensées, ça vaut mieux).

On est peut-être un peu fatigué physiquement avec cette moléule, mais cela s'estompe avec le temps.

Bref pour tous ceux qui rechignent à prendre ce traitement, il n'est pas si méchant. Il y a bien pire !

lundi 07 décembre 2009, a 15:09
Qu'est-ce qu'être bipolaire ?
 

Il s'agit d'une affection connue de longue date et déjà décrite dans l'Antiquité. Au deuxième siècle avant notre ère, Arétée de Cappadoce fut le premier à utiliser le mot manie pour décrire les patients « qui rient, qui chantent, dansent nuit et jour, qui se montrent en public et marchent la tête couronnée de fleurs, comme s'ils revenaient vainqueurs de quelques jeux ». Il avait remarqué que, par la suite, ces gens changeaient d'humeur pour devenir « languissants, tristes, taciturnes ». Les relations entre la créativité, la mélancolie ou les périodes d'hypomanie (état d'enthousiasme) sont connues depuis cette époque. Aristote, le premier, se posait la question du lien entre le génie (la créativité) et la manie (la folie).

L'humeur est une disposition affective fondamentale qui se manifeste à trois niveaux. Tout d'abord elle donne une coloration agréable ou désagréable aux événements que nous vivons ; ensuite elle influence notre façon de ressentir, penser et agir ; enfin, l'humeur influence le niveau d'énergie de notre organisme.

L'humeur de chacun dépend de multiples facteurs, tant « internes » qu' « externes » : la biochimie cérébrale, les événements vécus, les ambiances, la lumière, l'histoire personnelle, les variations hormonales, le sommeil. L'humeur dite « normale » fluctue donc vers le haut ou vers le bas, mais ces variations restent limitées en durée et en intensité, elles constituent généralement une réponse à des événements particuliers et n'empêchent pas la personne de fonctionner.

Lorsque les fluctuations d'humeur dépassent en intensité ou en durée celles de l'humeur normale et qu'elles entraînent des altérations du fonctionnement ou une souffrance, on parle de trouble de l'humeur.

Le trouble bipolaire est une maladie qui touche la régulation et l'équilibre de l'humeur. Les personnes qui en souffrent sont sujettes à des fluctuations d'humeur excessives, voire extrêmes, sans qu'il n'y ait forcément un événement extérieur déclenchant. Elles réagissent souvent de façon disproportionnée à cet événement.

Les personnes bipolaires connaissent des périodes où leur humeur est excessivement « haute » : on parle d'hypomanie si l'élévation de l'humeur est relativement modérée et on parle d' « état maniaque » si elle est très importante. Mais les personnes qui présentent un trouble bipolaire peuvent également connaître des périodes où leur humeur est particulièrement basse : on parle alors d' « état dépressif » modéré ou sévère.

Toutes les personnes bipolaires ne présentent pas de période dépressive, mais c'est surtout la présence dans leur histoire d'une période où l'humeur est « anormalement haute » qui doit faire évoquer le diagnostic. Néanmoins, les périodes d'humeur haute et d'humeur basse alternent le plus souvent, entrecoupées de périodes d'humeur normale.

Le terme bipolaire renvoie à la manie et à la dépression, qui sont les deux extrêmes (pôles) entre lesquels l'humeur oscille. L'oscillation spectaculaire de l'humeur est parfois appelée épisode thymique. La fréquence, l'intensité et la durée des épisodes thymiques varient d'une personne à une autre. En l'absence de traitement ou de soins appropriés, la fréquence des oscillations et la gravité de cette maladie chronique peuvent augmenter.

 L'âge moyen du début de la maladie est situé au cours de la troisième décennie. Il existe aussi un premier pic d'apparition précoce entre 15 et 19 ans et un second moins élevé entre 20 et 24 ans.

Le trouble bipolaire est le plus fréquent des troubles psychiatriques.

Selon les auteurs, le trouble bipolaire a une prévalence de 2 à 8 % de la population. Le trouble bipolaire touche autant les hommes que les femmes, quels que soient leur origine socio-culturelle ou leurs niveaux socio-économiques. Cependant ,il y aurait plus d'épisodes dépressifs chez la femme.
La prévalence est la même quel que soit le groupe ethnique.
Le principal risque encouru par les patients bipolaires est le suicide : 20 % des sujets maniaco-dépressifs décèdent ainsi. Ce risque est supérieur à 30 fois celui de la population générale.

 

La bipolarité est une pathologie à déterminisme plurifactoriel :

Déterminisme biologique
Les principales modifications biologiques relevées sont :
- les anomalies du système noradrénergique en particulier corticales,
- les anomalies sérotoninergiques (phénomène qui serait commun à tous les troubles de l'humeur),
- une dysrégulation des systèmes de transduction cellulaire (anomalies des protéines G et des protéines kinases),
- la diminution du GABA plasmatique chez les bipolaires euthymiques non traités,
- une étude récente indique l'existence d'une perturbation de l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien.
Déterminisme génétique
- Le risque chez les apparentés au premier degré de sujets atteints d'un trouble bipolaire est en moyenne de 8% contre 1% dans la population générale.
- Comparés aux parents adoptifs, les parents biologiques des sujets atteints de troubles bipolaires souffrent davantage de troubles de l'humeur (25%) que les parents adoptifs (10 à 15%).
- Malgré l'évidence d'une participation génétique dans le trouble bipolaire, aucun modèle de transmission dans les familles étudiées n'a actuellement été retrouvé.

Déterminisme environnemental
- Les évènements de vie les plus fréquemment mis en cause sont les différents processus de perte, effective ou symbolique : deuil, perte d'activité, séparation. Ils favorisent d'autant plus un épisode thymique qu'ils peuvent être en résonnance avec des pertes similaires vécues dans l'enfance.
- d'autres facteurs de risques comme l'insuffisance de sommeil, les abus d'alcool ou de produits toxiques sont plus faciles à circonscrire.

Déterminismes psychologique et psychodynamique
Une approche psychologique des troubles dépressifs est représentée par le courant cognitiviste : la pensée du déprimé est marquée par certaines distorsions cognitives, relativement spécifiques, convergentes dans le sens d'une dévalorisation globale de l'individu. Pour certains auteurs, ces distorsions cognitives seraient le phénomène le plus spécifique de la dépression à l'origine de la tristesse, du ralentissement, de l'inhibition. Pour d'autres, les pensées négatives seraient plutôt la conséquence du trouble dépressif.


 

Le trouble bipolaire peut ne pas être reconnu d'emblée. Cette situation est malheureusement la plus fréquente. Certaines données épidémiologiques illustrent cette réalité : 9 ans d'évolution avant que le diagnostic n'ait été posé correctement et qu'un traitement spécifique n'ait été mis en place, intervention de 4 à 5 médecins différents.

La recherche de périodes d'exaltation est un bon moyen pour établir le diagnostic ; mais il n'est pas toujours évident pour le patient de comprendre que les périodes où il se sentait particulièrement bien ont la même origine que les périodes où il se sentait mal.

Symptômes d'un épisode maniaque

- Etat d'euphorie, de jovialité, d'exaltation, saut d'humeur imprévisibles et/ou sentiments d'irritabilité-irascibilité extrêmes.
- Excès d'activité, trop de projets (souvent irréalistes).
- Réduction du besoin de sommeil (dormir 2 à 3 heures et se sentir en forme).
- Facilité des contacts avec les autres (avec une levée des inhibitions et un manque de pudeur).
- Estime de soi grandissante (qui peut aller jusqu'à la mégalomanie et aux idées de grandeur).
- Discours rapide et assez fort et des pensées accélérées (fuite des idées, sauts du coq à l'âne).

Symptômes d'un épisode dépressif

- Abaissement de l'humeur, réduction de l'énergie et diminution de l'activité.
- Altération de la capacité à éprouver du plaisir, une perte d'intérêt, une diminution de l'aptitude à se concentrer, associées courament à une fatigue importante, même après un effort minime.
- Troubles du sommeil, diminution de l'appétit.
- Diminution de l'estime de soi et de la confiance en soi, idées de culpabilité et de dévalorisation même dans les formes légères.
- L'humeur dépressive ne varie guère et peut s'accompagner de symptômes dits "somatiques" (perte d'intérêt ou de plaisir, réveil matinal précoce plusieurs heures avant l'heure habituelle, aggravation matinale de la dépression, ralentissement psychomoteur important, agitation, perte d'appétit, perte de poids et perte de libido).

Traitement

1. Le soutien psychologique

Il est indispensable car le trouble bipolaire peut aboutir à une détérioration du fonctionnement social et à une réduction de la capacité à faire face aux activités de la vie quotidienne.
Le patient doit également devenir partenaire actif de son traitement pour prévenir les rechutes et apprendre à gérer le stress.

2. La psychothérapie

Elle peut s'avérer très utile pour le malade dans certaines situations pour mieux comprendre et contrôler ses propres réactions par rapport aux facteurs déclenchants.
3. Le traitement pharmacologique

Les thymorégulateurs

Trois thymorégulateurs ont l'autorisation de mise sur le marché : le lithium, la carbamazépine (Tégrétol) et le valpromide (Dépamide).

Le Lithium
- Le lithium est le médicament de référence en première intention dans la prévention de la maladie bipolaire.
- En France, les sels de lithium sont commercialisés sous deux formes : le carbonate de lithium, comprimés dosés à 250 mg (Téralithe) et à 400 mg à libération prolongée (Téralithe LP 400) et le gluconate de lithium (Neurolithium) en ampoules de 5 à 10 mL.
- Il est classique de recommander une répartition de la posologie quotidienne de Téralithe ou de Neurolithium en 2 ou 3 prises afin de limiter l'importance des pics lithiémiques suivant l'ingestion du produit et d'assurer une stabilité du lithium plasmatique au long du nycthémère. La fourchette lithiémique thérapeutique se situe entre 0,5 et 0,8 mmol/L pour le Téralithe 250 et le Neurolithium et entre 0,80 et 1,2 mmol/L pour le Téralithe LP 400. En pratique, il est admis de pousuivre la lithiothérapie le plus longtemps possible. Lorsqu'un arrêt du traitement s'impose, il est conseillé de recourir à un arrêt progressif.
- Contre-indications strictes : insuffisance rénale grave, insuffisance cardiaque, état de déshydratation, l'allaitement, le régime sans sel.
- Effets indésirables
Environ 50 à 75 % des patients traités par sels de lithium ont au moins un effet indésirable. Ces effets sont mineurs et dose-dépendants. Effets : tremblements le plus souvent au début du traitement, les troubles digestifs (nausées, vomissements et diarrhées), le syndrome polyuro-polydipsique, troubles thyroïdiens assez fréquents, prise de poids, troubles cutanés, modifications morphophysiologiques du rein en général après un traitement prolongé, troubles de la sexualité, troubles cardiaques,troubles psychiques.
- Interactions médicamenteuses : l'association des sels de lithium à des diurétiques, des anti-inflammatoires non stéroïdiens et des inhibiteurs de l'enzyme de conversion justifie une surveillance étroite voire un réajustement de la posologie.
- Surveillance du traitement : il est conseillé de faire pratiquer régulièrement des dosages de lithiémie et créatinémie ainsi qu'un contrôle de la TSH ultrasensible une fois par an.

Le Tégrétol
Il a une indication préférentielle dans les formes à cycle rapide ou en cas de contre-indication du lithium.
Le Dépamide
Il est proposé en cas de contre-indication du lithium et du Tégrétol. Les autres psychotropes

Les antidépresseurs et les neuroleptiques doivent être prescrits avec beaucoup d'économie sur des périodes les plus courtes possibles pour traiter respectivement les épisodes aigus dépressifs et hypomaniaques.

 

L'association entre le trouble mental et le génie a fait l'objet de nombreuses publications scientifiques. Les travaux les plus fréquents sont en faveur d'une relation entre les formes modérées des troubles bipolaires et le génie créatif. La prévalence des troubles de l'humeur (dépression par exemple) chez les sujets créatifs, les artistes, est assez bien documentée depuis quelques années.

A cette histoire du lien entre génie et créativité, il est important de mettre l'accent a contrario sur l'abolition des processus créatifs ou du moins leur forte annihilation lorsque ces troubles sont importants. Les formes sévères des troubles psychiatriques sont incompatibles avec la créativité lors de ces phases aiguës.

 

Sources : Wikipédia et http://www.caducee.net/DossierSpecialises/psychologie/psychose-maniacodepressive.asp

lundi 30 novembre 2009, a 15:33
Chroniques d'une bipolaire (14)

                   Commencer un nouveau métier l'exaltait d'autant plus qu'elle devait d'abord suivre une formation. Elle adorait apprendre. De plus, elle était contente de se retrouver en société après queques mois d'inactivité et de solitude. Malheureusement, quand elle dut intégrer la "production", c'est à dire réellement travailler, elle déchanta rapidement. Ce n'était pas le fait de répondre à des clients très souvent mécontents qui était le plus difficile. Elle était plutôt fière d'arriver à gérer ces appels conflictuels. Son problème était qu'il y avait trop d'objectifs à réaliser entre le temps de communication, le taux de commerce, le discours prédéfini qui devait être tenu à la perfection. Elle était constamment surveillée, écoutée. Sa nervosité habituelle se changea peu à peu en angoisse. Elle se sentit devenir parano. Elle avait peur. Peur de dire des bêtises, peur d'être mal jugée, mal notée. Evidemment cette crainte la paralysait et lui faisait faire de plus en plus d'erreurs. Un jour, sa chef d'équipe en vint à la menacer. C'en était trop, elle fut sur le point de pleurer. Dans les jours qui suivirent son moral tomba au plus bas. Elle faisait des cauchemars et dans sa tête germaient des idées noires. Un matin, totalement déprimée, elle n'arriva pas à franchir la porte de l'entreprise et se rendit chez la psychiatre qui la suivait depuis longtemps. Elle n'avait pas rendez-vous, mais elle la reçut quand même et la mit en arrêt maladie.

 

                 Voila, jusqu'à aujourd'hui, la vie d'une bipolaire. Voila ma vie. On ne dirait pas, en me rencontrant, que je suis atteinte d'une maladie psychique qui a changé ma destinée. Et pourtant... Maintenant, je n'ai rien d'autre à faire qu'à attendre de pouvoir rechercher un autre emploi, voire un autre métier. Et je me demande si je serai vraiment capable de travailler. Les effets secondaires du lithium ne sont pas anodins et ce médicament ne m'empêche pas d'être souvent angoissée, de ressentir des hauts et des bas, de m'enthousiasmer peut-être trop rapidement pour déprimer aussi facilement.

               Surtout, mon traitement freine mes idées, ma réflexion, ma créativité.

               Peut-être devrais-je l'arrêter ?

               Mais non, je plaisante : je ne suis pas folle !

 
jeudi 26 novembre 2009, a 17:51
Chroniques d'une bipolaire (13)
 

                      Sa vie se poursuivit normalement. Elle eut un autre enfant : une petite fille. Après le garçon, c'était le choix du roi ! Elle travaillait beaucoup chez elle, faisant de la recherche sur des matériaux issus de fouilles archéologiques. Elle fut heureuse pendant des années, mais elle était souvent seule et n'appréciait pas son isolement social. Elle aprochait de la quarantaine, un âge où l'on commence à se poser des questions sur sa vie passée et future.

                      Elle se mit à repenser à son attirance pour les femmes, qu'elle n'avait jamais perdue. Elle avait de plus en plus envie de revivre une aventure féminine. L'installation d'internet sur son ordinateur fit basculer son existence. La tentation fut trop grande et elle ne put s'empêcher de s'inscrire sur un site de rencontres. Ce qui devait arriver arriva : en peu de temps, elle fit la connaissance d'une femme, d'abord virtuellement, puis réellement. Cela aurait pu être une infidélité sans lendemain, mais elle avait trouvé l'âme soeur. Elle quitta tout pour s'installer avec elle et cette vie nouvelle la combla. Elle se sentait tellement mieux dans sa peau. Par contre, dans sa tête, la culpabilité s'ancra, pour ne plus jamais la quitter, car elle laissait ses enfants chez leur père, pour ne plus les voir qu'un week end sur deux.

                      Elle fut contrainte de trouver un emploi différent, comme auparavant elle faisait équipe avec son compagnon et qu'il ne voulait plus la voir ni de près ni de loin. Il fallait qu'elle s'assume financièrement. En bricolant dans son nouveau logis lui vint l'idée de devenir peintre en décoration. Pourquoi pas, il devait y avoir de nombreux débouchés. Malheureusement, aucune formation pour ce métier n'existait dans sa ville et elle dut se rabattre sur la peinture en bâtiment. Elle n'avait jamais été vraiment confrontée au monde professionnel. Quand elle faisait de l'archéologie, son patron c'était son homme. Elle était dans un cocon. A partir du moment où elle commença comme peintre, elle se rendit compte de ses difficultés à s'adapter au travail. Elle avait peur de mal faire et était souvent angoissée, en particulier quand elle devait effectuer quelque chose de nouveau. Alors, quand il s'agissait de gérer seule un chantier, c'était la panique ! Pourtant, ce métier avait son côté bénéfique : en la fatigant physiquement, il lui permettait de canaliser sa nervosité.

                      La misogynie ambiante de ce milieu essentiellement masculin émoussa vite son enthousiasme. Des entreprises refusaient ouvertement de recruter des femmes. Elle eut une désagréable histoire avec un chef, qui la draguait. Quand il se rendit compte qu'il ne l'intéressait pas, il lui fit subir des brimades quotidiennes. Malgré tout, elle fut bien acceptée dans certaines boites et resta cinq années dans la peinture. Mais comme elle n'était employée qu'en intérim, ce boulot ne lui apportait aucune stabilité.

                      Ayant besoin de se renflouer financièrement après quelques mois de chômage, elle chercha parmi les offres d'emploi les entreprises qui embauchaient. Rares étaient celles qui retenaient son attention, mais elle ne désespérait pas. Elle finit par découvrir des annonces de recrutement de téléconseiller(e)s. Ces employeurs ne demandaient aucune expérience professionnelle. Elle se jeta à l'eau et envoya son CV. Peu de temps plus tard, elle était prise en CDD, après avoir simplement passé quelques tests anpe, plutôt faciles, puis un entretien d'embauche qui s'avéra réussi, malgré son angoisse et sa nervosité.

 

A suivre..................................................................

lundi 23 novembre 2009, a 17:22
Chroniques d'une bipolaire (12)
 

                   A Grenoble commença une nouvelle existence, pleine de libertés. Elle fit de nombreuses connaissances, sortit avec plusieurs garçons et connut ses premières expériences féminines. Peu surveillée, elle menait une existence débridée, agrémentée de quelques pétards et de beaucoup de plaisir. Ce qui lui permit de perdre une bonne partie de sa réserve. Elle avait en plus le droit de sortir le soir et allait parfois en boite se défouler en dansant. Elle adorait ça, danser, elle oubliait tout, elle se sentait séduisante.

                  A la fin de ce séjour, 6 mois plus tard, elle était de nouveau prête à retrouver la vraie vie, et cette fois-ci elle ne risquait pas de rechuter. Elle s'inscrit en DUT "tech de co" à Nice, une filière prometteuse en débouchés. Mais ces études ne lui plaisaient guère. Elles lui permirent quand même de connaître le Maroc et le bleu de Majorelle au cours d'un voyage organisé par ses profs.

                Puis un ami d'enfance avec qui elle n'avait jamais perdu contact l'invita pendant ses vacances à découvrir un chantier de fouilles archéologiques. Cela lui plut tellement qu'elle se renseigna sur les possibilités d'accéder à un tel métier. A la fin de sa première année d'IUT, alors qu'elle avait d'assez bons résultats pour passer dans l'année supérieure, elle décida d'abandonner ce cursus pour repartir à Paris, suivre des études d'archéologie à l'université. Cette spécialité n'existait pas dans les facs méridionales.

                Les années qui suivirent furent passionantes. elle adorait apprendre ces matières qui enfin l'intéressaient : histoire de l'art, ethnologie, sociologie, archéologie...Elle passait son temps libre sur des chantiers, les mains dans la terre. C'est sur une fouille qu'elle rencontra le père de ses enfants. De Paris elle déménagea à Amiens afin de s'installer avec lui. Elle avait 25 ans. Pour la première fois, par souci d'honnêteté, elle parla à quelqu'un de sa maladie. Apparemment, cela ne le choqua pas, de savoir qu'elle était bipolaire.

                Elle réussit brillament ses études jusqu'au DEA et commença à travailler en archéologie. Puis elle eut envie d'avoir un enfant et son énergie se canalisa vers ce tendre projet. Dès qu'elle sut qu'elle était enceinte, il lui fallut arrêter son traitement, dangereux pour le bébé qu'elle portait. L'accouchement se passa bien, par contre, très vite, elle ressentit de l'angoisse face à l'arrivée de ce petit être fragile, dont il fallait prendre soin. Elle était fatiguée et n'arrivait pas à se reposer, encore moins à dormir. Puis elle se sentit de plus en plus fébrile et énervée. Quelque chose de bizarre se passait. Elle commençait à perdre pied, à quitter la réalité. Heureusement, elle en prit conscience à temps et en parla aux infirmières. On lui donna un léger neuroleptique, puis elle reprit très vite son traitement lithiémique que sa grossesse l'avait obligé à stopper. Cet épisode lui ouvrit les yeux sur un fait ineluctable : elle ne pourrait jamais arrêter le lithium. C'est vrai, les médecins le lui avaient dit, mais elle n'avait pas vraiment réalisé à ce moment là.

 

Bientôt la suite...

vendredi 20 novembre 2009, a 16:11
Chroniques d'une bipolaire (11)
 

                  Petit à petit ce remède de cheval la ramena à la vie. Elle reprit conscience de son existence, puis elle retrouva la pensée, les idées, les envies. Elle se mit à positiver, espérer. Enfin, elle regagna son optimisme. Son séjour à l'hôpital fut aménagé et elle eut le droit de participer à diverses activités qui lui redonnèrent de l'énergie, réveillèrent son corps et lui permirent de redécouvrir le plaisir des relations humaines.

                   Les médecins, qui s'interrogeaient depuis plusieurs semaines sur son cas, finirent par diagnostiquer sa maladie : elle était bipolaire, puiqu'elle avait vécu une phase d'excitation psychique, jusqu'au délire, suivie peu après d'une profonde dépression. Malheureusement, ces épisodes pouvaient réapparaître, il fallait qu'elle prenne un traitement pour stabiliser son humeur. Après avoir testé plusieurs médicaments, c'est le lithium qui agit de façon miraculeuse, la ramenant à la normalité. Mais elle devrait en prendre ad vitam eternam et subir ses effets secondaires : soif, tremblements, léthargie, obnubilation, vertiges, fatigue musculaire....

                   Ne sachant pas trop quoi faire en sortant de l'hôpital, elle se mit d'accord avec ses parents pour intégrer à nouveau une structure psychiatrique universitaire. Il en existait une à Grenoble qui logeait les étudiants convalescents et leur permettait de suivre des cours de remise à niveau dans différentes matières.

                   Son père l'emmena là-bas en voiture. Au cours du trajet, il se confia à elle, ce qui était inhabituel. Le père et la fille communiquaient rarement entre-eux. Il lui raconta que vers vingt ans, il avait eu de graves problèmes psychologiques et qu'il avait également été soigné par quelques électrochocs. Cette révélation la troubla. Elle en discuta un peu plus tard avec son psychiatre qui lui apprit que la maladie dont elle souffrait pouvait avoir une cause génétique.

 

A suivre...............................................................

jeudi 19 novembre 2009, a 17:43
Chroniques d'une bipolaire (10)
 

                 Dehors il neigeait. D'habitude, elle aimait regarder les flocons tournoyer, mais depuis quelque temps elle ne voyait plus rien. Elle prit ce qui lui tombait sous la main, un banal collant et alla s'enfermer dans les toilettes collectives. Il n'y avait personne.      

                Elle passa le bas autour de son cou et serra, serra afin de s'étouffer. L'air commença à lui manquer mais ses forces et son courage se dérobèrent. Cette tentative de suicide stupide était un échec, par contre elle lui laissa une belle marque rouge sur son cou, que ne manqua pas de remarquer le personnel soignant. Elle ne voulut ni parler, ni expliquer son geste. Elle répétait simplement qu'elle avait la tête vide.

                 Environ trois mois après être entrée à la clinique universitaire, elle se retrouva dans une partie inconnue de l'immeuble : un service médical spécialisé qui avait pour fonction l'isolement de certains résidents. Là elle resta des jours prostrée dans une petite cellule. Elle n'avait plus goût à rien, ne voulait plus manger, dormait péniblement. On avait beau la gaver d'antidépresseurs, cela ne l'empêchait pas de sombrer dans son néant.

                  Un matin, sa famille vint la chercher, pensant que ce serait mieux qu'elle soit de nouveau soignée près de chez elle. Ils la ramenèrent donc à Nice, à l'hôpital Pasteur. Mais ce changement géographique n'améliora pas son état. Elle restait amorphe. Elle n'avait plus aucune estime pour elle-même et se laissait aller, n'ayant plus envie de s'habiller, de se laver. C'était le fond du gouffre, l'anéantissement de sa personnalité. Elle souffrait et n'avait même pas l'énergie de pleurer sur son sort.

                Après avoir essayé divers médicaments, l'équipe médicale, le célèbre professeur, furent contraints d'employer les grands moyens. Ils préconisèrent les électrochocs ou dans leur jargon "électronarcoses". D'après eux, il fallait au moins une quinzaine de séances pour la "réanimer". Ce traitement était très lourd et nécessitait à chaque fois une anesthésie générale. L'idée de ces chocs électriques infligés à son cerveau l'effrayait, comme la salle d'opération où elle devait se rendre et les piqûres inévitables. Elle se réveillait après chaque séance avec d'horribles migraines. Mais elle accepta tout cela sans broncher. Est-ce qu'un légume se rebelle ?

 

La suite au prochain épisode !

mercredi 18 novembre 2009, a 16:22
Chroniques d'une bipolaire (9)
 

                     Elle repartit donc, quelques mois après sa "bouffée délirante", pour Paris, afin de continuer son cursus à Sciences-Po. Pour plus de sécurité, on lui avait trouvé un nouvel hébergement dans une clinique universitaire. Là elle était logée avec d'autres étudiants ayant comme elle des problèmes psychologiques et elle était suivie par un médecin.

                     Il lui fut difficile de se remettre dans le bain des études. Réussir à l'IEP était très contraignant et ses notes finirent par refléter son échec. Elle se démotiva, alors que le premier trimestre universitaire n'était pas encore terminé.

                     Elle tenta bien de trouver du réconfort auprès des quelques amis fidèles qui lui restaient à Paris, mais sortir lui devenait de plus en plus difficile. Ensuite, elle commença même à avoir du mal à discuter, à s'exprimer. Elle s'isola. Elle avait l'impression que son crâne se vidait de toute idée, de toute image, de toute sensation. Ses pensées navigaient au ralenti. Elle se sentait de plus en plus inutile.

                    Personne au sein de la structure où elle résidait ne se rendait compte de son état. Elle se réfugiait dans sa chambre, plongée dans la pénombre. Son cerveau ne lui transmettait qu'une seule et fatale constatation : elle avait la tête vide. Un sentiment de noirceur, d'horreur et de nullité mélangés l'enveloppa. Ses actes devenaient mécaniques, ralentis, difficiles. Vivre devenait pesant. Si pesant qu'un jour elle n'eut plus envie de le supporter.

 

A suivre dans le (10)

mardi 17 novembre 2009, a 17:32
Petite parenthèse
 

Désolée pour les personnes qui m'ont envoyé un mail et qui ont une adresse hotmail, je ne peux pas leur répondre, mes messages sont rejetés par ce serveur !

En tout cas merci pour vos encouragements et n'oubliez pas que vous pouvez laisser votre commentaire sur le blog lui même, ce qui permettrait à tout le monde d'en profiter.

A très bientôt pour de nouvelles aventures...

lundi 16 novembre 2009, a 16:10
Chroniques d'une bipolaire (8)
 

                Alors qu'elle ne s'y attendait pas, son père vint la délivrer de cet internement parisien, mais c'était pour être encore enfermée, dans le Sud cette fois-ci. Ils prirent tous deux l'avion et elle se souviendra toujours d'une de ses remarques : -"Ne me regarde pas comme ça" lui dit-il. Les calmants lui donnaient un regard fixe, auquel elle ne pouvait rien. Cette phrase la blessa profondément, car elle y sentit une sorte de mépris pour son état.

                 Elle se laissa emmener vers l'unité psychiatrique de l'hopital Pasteur, à Nice. Elle était encore dans son univers chimérique. Elle se plia aux traitements préconisés par ses nouveaux médecins. On lui prescrit de l'Haldol, qui l'assomma et lui donna des contractures. Sa langue se tordait dans sa bouche sans qu'elle y puisse rien, c'était atroce et ça l'empêchait de parler. Petit à petit, au fil des jours, elle se rendit compte de son enfermement. Les portes du service étaient verrouillées, elle ne pouvait pas sortir. Elle commença à prendre conscience aussi de son environnement et de son entourage.                  

                   L'endroit ressemblait à une cour des miracles. Ici une femme-enfant à la tête démesurée qui passait ses journées à heurter son crâne sur ses genoux, là un jeune drogué en manque, plein d'agressivité, une vieille femme sénile, un homme qui hurlait, un autre qui parlait tout seul... Elle partageait sa chambre avec une jeune maman de deux adorables enfants qui en était à sa quatrième tentative de suicide.

                  Quand son état commença à se stabiliser, elle eut le droit de sortir se promener dans l'enceinte de l'hôpital. Un après-midi, ses pas l'emmenèrent vers un bâtiment mystérieux, qu'elle voulut visiter. Elle ne se doutait pas qu'il s'agissait du pavillon des fous dangereux. La rencontre qu'elle y fit aurait pu lui être fatale. Un homme s'avançait vers elle. Sa tête était rasée et sur ses tempes il y avait deux trous, témoins de trépanations récentes. Il avait l'air menaçant. Effrayée par cette vision de cauchemar, elle sortit en courant sans demander son reste.

                     Le service dans lequel elle était soignée n'était pas peuplé d'individus dangereux, cependant il y avait souvent des bagarres ou des cris. Les patients étaient de tous ages et montraient les pathologies psychiatriques les plus diverses. Au bout de quelques semaines, quand elle eut repris ses esprits, elle n'eut qu'une hâte : sortir de cet enfer. Elle ne délirait plus et avait abandonné ses projets rocambolesques. Elle serait raisonnable et allait tenter de reprendre ses études...

 

A suivre........................................

jeudi 12 novembre 2009, a 18:01
Chroniques d'une bipolaire (7)
 

               Le lendemain, sa tante l'emmena à l'hôpital Lariboisière. Elle ne se rendait pas du tout compte de l'endroit où elle allait. On la fit attendre seule dans une pièce, pendant que sa tante avait un long entretien avec un médecin. Le silence dans lequel elle se trouvait la plongea encore davantage dans son monde intérieur. Soudain, elle eut l'impression d'entendre des voix qui parlaient, comme assourdies. Pourtant, il n'y avait personne, seulement son imagination délirante. Plus tard, elle eut aussi des visions de formes inexistantes.

                Au bout d'un long moment, des hommes en blanc la conduisirent dans un pavillon isolé de l'hôpital, plutôt vétuste. Elle ne se demandait même pas ce qu'elle faisait là. Sa conscience était en mode déconnecté. Elle se retrouva enfermée dans une chambre, mise à part. Son esprit était déchaîné. On lui administra une forte dose de neuroleptiques afin d'enrayer son délire. Mais même avec ces quantités phénoménales de calmants elle continuait à vivre son rêve éveillé. Il lui semblait que son idole lui envoyait des signaux à travers la télé ou la radio. Elle lui répondait en lui gribouillant (elle n'arrivait plus vraiment à écrire) des poèmes complètement surréalistes et incohérents.

                  Ce séjour en isolement psychiatrique dura plus d'une semaine. Elle était tantôt dans le surnaturel, tantôt dans la réalité. Dans ses moments de lucidité, elle percevait des bribes de son environnement : d'autres malades à l'allure inquiétante, des hurlements nocturnes...

 

A suivre...

 

mercredi 11 novembre 2009, a 17:41
Chroniques d'une bipolaire (6)
 

                  Elle se faufila discrètement dans l'entrée, sans se rendre compte que l'endroit allait fermer. Elle était plus que jamais dans son monde à elle et cette galerie de statues de cire, sans un être vivant, lui parassait magique. Elle regardait les masques figés sans les voir vraiment. Soudain, elle s'imagina pouvoir trouver son idole adorée en ce lieu, tant il semblait propice aux rencontres inattendues. Elle pensa le distinguer derrière un ensemble de mannequins. Il faisait sombre et elle essaya de s'approcher, enjambant la rambarde séparant l'allée des tableaux immobiles. Elle l'appelait. Elle allait atteindre son fantôme quand tout à coup quelqu'un l'agrippa. Elle commença à se débattre, mais l'autre la tirait fermement. C'était un vigile du musée qui lui demandait de sortir. Elle ne comprenait pas ce qu'il disait. Elle n'était plus du tout dans le réel et se cramponnait à la barrière qu'elle avait franchie tout à l'heure. Ses forces étaient décuplées, son énergie faramineuse. Elle hurlait qu'elle ne quitterait pas ce lieu avant d'avoir rencontré son célèbre chanteur. Le gardien avait appelé la police et à plusieurs ils réussirent à la maîtriser. Un des hommes essaya de la raisonner mais rien n'y fit et des pompiers arrivés en renfort furent obligés de lui administrer une piqûre de calmants.

             Il sécoula un temps indéfinissable au bout duquel elle se retrouva assise dans un bureau du musée avec, en face d'elle, un responsable. A sa grande surprise elle reconnut aussi sa tante, qui avait été contactée par on ne sait quel moyen. Elle continuait à délirer, jurant qu'elle avait envoyé une lettre si passionnée à sa star qu'il ne pouvait que s'intéresser à elle. Un pompier donna une boite de médicaments à sa tante, tout en lui prodiguant quelques conseils.

              Elles rentrèrent à l'appartement et elle eut encore le plus grand mal à dormir malgré les cachets qu'elle avala de bonne grâce. Elle ne quittait pas l'irréalité.

 

Bientôt Chroniques d'une bipolaire (7)

lundi 09 novembre 2009, a 16:49
Chroniques d'une bipolaire (5)

           La journée était bien avancée quand elle rentra chez elle. Elle ne pouvait plus fixer son attention sur quoi que ce soit. Elle alluma la télé par désoeuvrement. Il y avait un clip d'un rocker américain célèbre, qu'elle aimait particulièrement pour son look androgyne. Il allait venir en concert à Paris et elle avait déjà acheté sa place depuis des mois. Tout d'un coup, elle se sentit comme appelée par cette star. C'était un flash, le coup de foudre. Il fallait absolument qu'elle le rencontre : pourquoi pas lors de sa prochaine exhibition parisienne ? Elle se mit à lui écrire une lettre enflammée, un poème délirant qui n'avait pas vraiment de sens, mais pour elle ça en avait. Elle lui exprimait sa passion et son admiration. Elle disait le connaître, être faite pour lui et même vouloir l'épouser. Comme adresse sur l'enveloppe elle mit simplement le nom du chanteur et celui de la salle où aurait bientôt lieu le concert grandiose.

            Elle ressortit, plus énervée que jamais pour aller acheter un timbre qui soit à la hauteur du célèbre destinataire et en trouva un qui représentait un bel éphèbe. Cela lui convint parfaitement. Elle posta alors cette missive réunissant tous ses espoirs : avoir bientôt un grand destin, partager la vie d'un monstre sacré du rock, baigner dans le monde artistique qu'elle appréciait énormément.

Pendant une heure ou deux, elle déambula encore dans les rues. Elle sentait son cerveau surchauffer, il lui faisait presque mal tellement il fonctionnait en sur régime. Elle marcha dans les allées de différents parcs, parlant quasiment aux statues, toujours sans aucun but. Elle n'avait même pas encore mangé ce jour-là, bien trop préoccupée par ses chimères.

               En fin d'après-midi, elle arriva dans un quartier qu'elle affectionnait : celui de Beaubourg. Elle s'adressait parfois à des passants, engageait la conversation avec des inconnus. Elle se dirigea vers le forum des Halles, dont l'animation l'attira. Plusieurs fois elle fit le tour des étages de ce monde de commerces à l'architecture avant-gardiste, jusqu'à s'arrêter devant le petit musée Grévin. Il n'y avait personne à la caisse.

 

 http://www.youtube.com/watch?v=v--IqqusnNQ

 

Suspense...et suite dans chroniques d'une bipolaire (6)

 
dimanche 08 novembre 2009, a 15:48
Chroniques d'une bipolaire (4)
 

                Un nouveau jour succéda à une nuit cette fois-ci sans sommeil. Elle ne se sentait pourtant pas fatiguée. Sa tête fourmillait d'idées qui lui semblaient toutes géniales. Elle ne tenait plus en place, plus énervée que jamais. Elle prit son blouson et sortit. Elle allait sans but et marchait par automatisme. Elle n'avait plus conscience que de sa conscience. Le monde extérieur était devenu le théâtre de son imagination. Retourner à Sciences-Po lui paraissait vain : son monde guindé ne l'intéressait plus. Ce qu'elle voulait désormais, c'était découvrir les autres, le monde et écrire afin de partager toutes ses nouvelles pensées.

                Au bout de quelques kilomètres d'errance, ses pas l'amenèrent devant l'Opéra. Elle ne connaissait pas l'intérieur de ce monument et eut soudain envie d'y pénétrer. Elle fut impressionnée par le hall fastueux et décida de gravir l'imposant escalier qui menait aux étages. Personne ne surveillait ses faits et gestes. Elle se retrouva sur un immense pallier et poussa une porte au hasard. Ce qu'elle découvrit alors l'émerveilla : une salle de spectacle magnifique, riche de dorures et couronnée d'une voûte splendide, où elle reconnut le talent de Chagall. La scène n'était pas abandonnée, des danseurs répètaient un ballet. Il y avait même de la musique. Tout ce monde lui parut magique et elle resta à le contempler sans ce soucier du temps.

                 Quand ce fut fini, elle continua à déambuler dans le somptueux monument, jusqu'à s'aventurer au dernier étage, explorant toutes les pièces qui s'ouvraient à elle. Soudain, une voix l'interpella. - "Que faites-vous donc ici ?" C'était un gardien qui faisait sa ronde. Elle lui répondit avec fougue qu'elle était hypnotisée par ce lieu et voulait seulement le visiter. Contre toute attente, il lui parla gentiment, lui annonçant qu'il pourrait lui montrer des endroits interdits au public. Elle le suivit et ils prirent un étroit et interminable escalier qui les mena sur les toits de l'Opéra. La vue était fabuleuse. Toute la capitale s'offrait à ses yeux. Elle avait l'impression de vivre une incroyable aventure, d'être totalement libre et puissante. Un peu plus tard, il l'emmena grâce à un ascenseur de service vers d'autres secrets de l'édifice, bien enfouis. Il lui montra les énormes roues crantées en bois qui servaient jadis comme mécanisme pour changer les gigantesques décors des ballets et qui étaient mues par des chevaux. Puis ils descendirent vers les entrailles du monument, des caves séculaires et sombres qui communiquaient avec les égouts et les souterrains de Paris.

               Pourquoi cet homme lui avait-il fait découvrir ces endroits d'habitude fermés aux visiteurs ? Elle ne se posait même pas la question. Elle était sur son petit nuage, exaltée par tout ce qu'elle avait vu. Il ne semblait pas vouloir la draguer. Peut-être l'avait-elle ému par son enthousiasme démesuré envers ce lieu dans lequel il travaillait tous les jours. Peut-être lui avait-elle fait un peu oublier sa routine ?

            Avant de s'en aller, un nouveau projet se dessina dans son esprit. Ce monde fascinant la retenait. Pourquoi n'en ferait-elle pas partie ? Elle en toucha un mot à son nouvel ami et sur ses indications se dirigea vers les loges des artistes. Elle rencontra quelques danseurs et elle leur posa des questions sur leur art. Enfin, à l'accueil, n'ayant plus aucune timidité, elle obtint un formulaire d'inscription aux castings de figurants pour les prochains spectacles. Son imagination n'avait plus de bornes.

 

A suivre chroniques d'une bipolaire (5)....

vendredi 06 novembre 2009, a 16:52
Chroniques d'une bipolaire (3)
 

              On était à peu près à la moitié de l'année universitaire. La concurrence battait son plein entre les étudiants désireux de bien se faire voir auprès de leurs profs, espérant grappiller quelques points de plus pour leur moyenne générale. Ce matin là, elle se sentait différente, avec comme une impression de toute puissance. Elle arriva en cours extrêmement sûre d'elle. Elle devait faire un exposé sur le régime présidentiel français. Elle commença à suivre son plan, puis tout à coup lui vinrent une foule d'idées originales qu'elle démontra avec passion, toute sa timidité ayant brusquement disparu. Son professeur tenta bien de canaliser un peu son discours et il eut le plus grand mal à l'arrêter quand l'heure fut sur le point de se terminer. Il ne la réprimanda pas, mais lui reprocha son travail peu structuré. Elle, par contre, se félicita mentalement, s'imaginant révolutionner bientôt le monde des institutions politiques. Elle ne s'était jamais sentie aussi en forme et son moral était fantastique.

                L'après-midi, elle avait une séance de piscine. Comme le matin, tout lui paraissait facile. Elle avait l'impression de repousser ses barrières physiques comme de dépasser ses limites intellectuelles. Elle se sentait comme un poisson dans l'eau et aucun exercice ne lui posait de problème. Mais nager ne la relaxa pas pour autant. Dans son cerveau les idées se bousculaient, les projets s'entrechoquaient.

                Elle décida soudain d'aller rendre visite à son prof d'histoire, qui était malade depuis quelques semaines et qu'elle appréciait. Elle chercha son adresse dans un annuaire en entrant dans le premier bureau de poste venu, prit un billet pour la banlieue et le premier train qui se présenta. Elle eut du mal à trouver son chemin, se renseignant auprès des passants. Arrivée devant la porte de monsieur T, elle sonna sans aucune hésitation. Il était là et lui ouvrit avec stupéfaction. Elle lui raconta qu'elle venait prendre de ses nouvelles et ne tarda pas à le noyer sous le flot de ses paroles. Elle lui fit part de toutes ses idées pour réformer l'enseignement à Sciences-Po, qui lui étaient venues ces jours derniers. Il l'écouta gentiment, à moitié, un peu amusé. Cela devait lui plaire, qu'une jeune fille vienne lui rendre visite. Il lui donna son n° de téléphone pour qu'elle l'appelle quand elle le désirerait.

               Il faisait nuit quand elle revint chez sa tante, qui ne s'inquiéta pas de la voir rentrer si tard. Sa mère lui téléphona ce soir là et lui trouva une voix légèrement bizarre, un débit de paroles inhabituel. Mais l'éloignement ne lui permettait pas vraiment de juger l'état de sa fille, aussi elle décida de ne pas se tracasser pour son comportement.

 

A suivre très bientôt dans chroniques d'une bipolaire (4)

jeudi 05 novembre 2009, a 17:22
Chroniques d'une bipolaire (2)
 

         Quand elle ouvrit la lettre officielle, son coeur s'accéléra.

- "Je suis reçue" ! elle le cria si fort que sa mère accourut. "J'ai réussi l'examen !" Elle ne pouvait cacher sa joie. Sa mère par contre avait du mal à dissimuler ses larmes. Cela semblait plutôt la peiner, cette perspective de départ de sa fille aînée qui allait quitter le Sud, les plages, la chaleur, le cocon familial, pour la capitale grise et tentaculaire.

          A 17 ans, quelle aventure ! Elle adorait ce sentiment d'aller vers l'inconnu, l'indépendance aussi. Elle ne craignait plus de rompre le cordon ombilical en s'éloignant de ses parents. Ceux-ci, d'ailleurs, ne la laissaient pas livrée à elle-même. Sa tante et son oncle l'accueillirent à bras ouverts et elle put découvrir Paris avant la rentrée universitaire. Une ville passionnante, si attrayante quand on l'arpente pour le plaisir.

        Le premier contact avec l'Institut d'Etudes Politiques fut déroutant. Elle ne s'attendait pas à un monde d'étudiants de bonne famille, vêtus de costumes-cravate et de tailleurs. Elle avait mis son plus beau jean et son blouson de cuir adoré et se sentait légèrement à part. Son moral remonta quand elle entra dans le grand amphi, où elle écouta religieusement ses futurs professeurs faire l'apologie de la grande école. Elle n'était pas peu fière d'intégrer ce lieu sans avoir suivi de classe prépa, contrairement à la majorité de ses camarades. Très vite, il fallut se plonger dans les livres et adhérer à la mentalité générale ultra studieuse. Devoirs et QCM s'enchaînaient, on ne devait avoir aucune défaillance de mémoire. Dans sa classe, c'était chacun pour soi. Les autres ne cherchaient pas à nouer avec elle de relation amicale, sauf peut-être P, un étudiant original et plus agé qu'elle, féru de littérature et de philo. Heureusement qu'elle sortait un peu avec lui, sinon elle aurait passé tout son temps à bosser, en se bourrant le crâne de droit constitutionnel ou de stats.

          Petit à petit, elle commença néanmoins à ne plus fréquenter que ses livres et ses exposés. Il fallait apprendre de longs chapitres par coeur, des dates, des formules. Elle se renfermait sur elle-même, s'emmurait mentalement. Comme elle était souvent seule dans le grand appartement parisien, généralement triste et sombre, rien ne la distrayait plus de ses révisions. Elle était obnubilée par ses prochains examens. Plus son cerveau se remplissait, plus il lui paraissait performant. Elle ressentait au fil des jours une sorte d'excitation psychique. Elle dormait de moins en moins, lisant jusque très tard et n'arrivant pas à trouver le sommeil.

jeudi 05 novembre 2009, a 14:11
Chroniques d'une bipolaire (1)
 

       

        Elle arriva au monde sans hurler sa force de vivre, ni pleurer. Simplement, elle avait un petit air triste qui étonna ses parents.
Pour autant qu'elle s'en souvienne, elle eut pourtant une enfance heureuse, rythmée de jeux passionnés, de cavalcades insensées. Protégée par le milieu aisé dans lequel elle grandissait, elle avait tout ce qu'elle pouvait désirer et surtout, elle était aimée. Par contre, elle ne supportait pas de quitter sa famille, même pour de courtes vacances. Elle s'inquiétait également beaucoup trop quand sa mère était en retard à la sortie de l'école. Ses angoisses, elle essayait de les étouffer par des rituels qu'elle inventait ou des prières chuchotées.
      Avant même ses dix ans, elle se rendit compte qu'elle était autant sensible au charme masculin qu'à celui des filles. Parfois, elle avait envie de devenir un garçon. A l'école, puis au lycée, elle tomba amoureuse tour à tour des deux sexes. Trop timide pour faire le premier pas vers les femmes, c'est un homme qui l'initia au plaisir.
      Adolescente, le fut-elle vraiment ? Excellente élève, elle passait beaucoup de temps à étudier. Il ne semblait pas y avoir chez elle d'envie de rébellion, ni les contradictions associées à ce passage de la vie. En fait, même si elle avait une vie sentimentale (et sexuelle) bien remplie, c'était une jolie jeune fille qui paraissait trop sage et trop sérieuse. Après avoir décroché haut la main son bac, elle décida de partir pour la capitale afin d'intégrer une école de journalisme. Elle voulait vivre un destin palpitant, des aventures exotiques, en étant reporter. Pour cela, elle devait passer par Sciences-Po et réussir son concours d'entrée.

 

A suivre...

Présentation
J'ai créé ce blog pour raconter les épisodes principaux de ma vie de bipolaire. Il faut lire les articles dans l'ordre (1), (2),...(14).
J'attend aussi vos propres témoignages et commentaires.
Isabelle K.

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